Aussi loin que je m’en souvienne, moi qui l’ait connue, Clémence était parfaite. Elle n’avait pas besoin de parler pour demander, pas besoin de remercier même après avoir demandé… Ceux et celles à qui elle demandait, tombaient sous son charme…tombaient au sens propre, morts parfois, éteints souvent, oubliés d’eux-même à chaque fois. Il est vrai que Clémence avait un corps… un de ces corps outrageusement féminin. La rondeur de ses hanches n’évoquait pas l’enfantement, mais la danse corps à corps, quelque chose entre salsa d’un soir et amour chaud du matin, son cul était à lui seul une sculpture hémisphérée pour un errant à temps plein, voûte d’un ciel à deux étoiles, dont l’une s’apercevait à l’occasion d’un entrechat et l’autre se remarquait juste au coucher de la précédente. Quant à ses seins, ils explosaient lourdement à la surface d’un décolleté savamment mis en scène pour une seule représentation en un acte… Ceux qui la croisaient, bandaient. Certes ils bandaient, mais baissaient les yeux… Très peu osaient croiser son regard, le regard de son oeil, l’autre était borgne… je sais pourquoi mais je ne vous le raconte pas encore… Il faut pour le moment présent, celui de votre lecture participative, que vous imaginiez la splendeur de Clémence, l’impact d’une demoiselle d’Avignon, la provocation d’un déjeuner sur l’herbe, le cul d’une pin-up de bande dessinée, les seins de la mère nourricière et autour d’elle, une bande de larves à couilles blindées qui ne pensait qu’à s’immiscer en elle pour déposer leurs gènes malodorants et appauvris par tant de temps passé à baver.. ces chiens lubriques, qu’eurent-ils mérité ? Clémence, la plupart du temps, passait au milieu de ces êtres rampants et elle dominait, non qu’elle fut dominatrice, elle n’en avait pas le souffle intellectuel ni la perversité, elle ne se posait même pas la question de savoir quel était le rapport de force qui s’établissait entre ces individus et elle dès le premier regard posé… elle savait qu’elle était là et que tous ceux qui la regarderaient, ces pauvres cons, ne seraient plus là pour longtemps… je le sais moi qui l’ai connue. Outre un corps parfait, et même s’il ne l’était pas forcément aux yeux de tous, il possédait en excès de cette force sexuelle et sensuelle qui s’imposait au-delà de toute considération rationnelle et canonique, elle avait également un caractère d’une grande spécificité. Elle n’hésitait jamais… d’aucuns eurent pensé que ces actes étaient mûrement réfléchis au regard de la fermeté et l’opiniâtreté avec laquelle elle entreprenait, avançait, agissait, s’imposait, osait, touchait… disait. Et bien non, elle ne réfléchissait pas , cela faisait partie de cette force sensuelle, elle avait en elle une ressource infinie, directement reliée à la certitude que lui donnait ses formes, son odeur corporelle, sa bouche dont tous les hommes pensaient qu’elle était certainement une des portes du paradis terrestre… mais quand elle l’ouvrait, c’était souvent pour les empêcher de parler plus en avant… elle les tenait en bouche, comme d’autres, avec de puissants bras musculeux soulevaient hors du sol de lourdes charges, elle, d’un sourire, d’une parole riche en labiales ou en sifflantes faisait taire les mâles tout aussi puissants ou investis du pouvoir que l’humanité s’était donnée le droit de donner à ses congénères… Clémence était capable, d’un simple glissement de lèvre ou de langue sur la partie la plus sensible que l’humain puisse posséder, de faire taire, avouer, penser « a contrario »,douter….Elle en usait sans jamais en abuser, elle en abusait souvent jusqu’à l’usure. Sa force de caractère était alliée à l’infime précision de sa sensibilité physique… Jamais je ne lui aurais confié ma bite plus de trente secondes. Sa vie n’avait réellement débuté qu’à l’âge de ses seize ans, quand elle avait pris conscience de l’impact qu’elle pourrait avoir sur la gente masculine… Son premier amant fut un homme plus âgé qu’elle, un de ceux qui pensent qu’à quarante ans tout leur est possible, que leur influence testostéronique sur les femmes a plus d’importance que la parole qu’ils peuvent avoir avec elle, bref un futur vieux beau, un bito-dépendant centré sur un nombril dont l’axe vital passe par l’extrémité de son prépuce jusqu’aux poils qui ornent son torse viril… Elle l’avait choisi pour cela. Lui, n’avait pas vu la différence entre une gamine de seize ans et une Clémence de seize ans… On l’a retrouvé le lendemain, au bas de l’hôtel qui avait servi à héberger leurs ébats, leurs abats peut-être ? Il était hagard, se promenait torse nu avec un pantalon qu’il tenait de ses deux mains, des marques de strangulations faites par la ceinture qui aurait du servir à tenir ce pantalon en place. Il avait un sourire béat mélangé à un regard cloitré par la peur, il ne parlait pas, il ne parla presque plus, il n’en parla jamais…

Elle avait eu des concurrentes, des qui voulaient être plus qu’elle, plus belle, plus grande, plus sexy… elles existaient certes, mais se mettre en concurrence avec Clémence, c’était risquer… Risquer de se perdre corps sans âme, ne plus se reconnaître dans un miroir. À cette époque Clémence avait encore ses deux yeux et elle s’en servait. Donc un soir, dans un de ces bars où les jeunes femmes et hommes aimaient à s’entasser pour laisser monter à eux de puissantes effluves corporelles qui les enivraient tout autant que l’alcool qu’ils ingurgitaient, une jeune, pas femme mais à plus jamais fille, sentit que le garçon avec qui elle comptait finir ce tôt début de journée, était en liaison visuelle avec Clémence. Celle-ci usait abondant de la rougeur de ses lèvres sur le goulot de la bouteille de bière et cela évoquait certainement à ce jeune homme, aussi simple qu’un bouton de braguette détaché, une possibilité fellatoire non sans intérêt. Il était très con, comme un mâle normal dont le cerveau est perturbé par un flot de testostérone… et l’image d’un corps parfait, et l’image d’un instant toujours unique. Sa jeune amie vint s’interposer entre eux deux et se trouva face à Clémence… Elle la dévisagea, Clémence l’ignora totalement se dirigea vers le jeune et s’agenouilla face à son sexe dont la forme contondante masquée par le tissu à fleurs de son short , ne laissait envisager qu’une éjaculation certaine et précoce…le bar se tut, la copine hurla et tenta de se jeter sur le dos de Clémence, en espérant peut-être lui arracher son opulente chevelure rousse, elle était rousse ce soir là. Clémence avait eu le temps de mettre à jour, l’objet du désir, ce truc ni long ni mou, qui turgéçait et agaçait… Elle se retira au moment précis ou l’autre arrivait. La furie se cassa deux dents, il eut le sexe coincé entre les tabourets de bar et la bouche de sa futur ex-amie… ses couilles ne perdirent leur couleur bleu foncé qu’au bout de trois semaines… elle saigna abondamment de la déchirure de sa lèvre et sa cicatrice détruisit la beauté du sourire dont elle se vantait auparavant… Clémence était partie rejoindre un autre bar.Cela faisait déjà quelques mois que je l’observais .

Quand je l’ai connue physiquement et non pas bibliquement, elle n’avait que dix sept ans. Je l’ai abordée alors qu’elle était en train de s’opposer à deux types qui essayaient de lui piquer plus que son sac, d’ailleurs je n’ai pas souvenir qu’elle ait jamais porté un sac…Je l’observais de ma voiture, une Buick année 32, un modèle introuvable et totalement indiscret, mais c’est comme cela que je passe le plus inaperçu, on regarde plus la voiture que moi et c’est l’essentiel. Un des deux hommes qui en voulait au cul de Clémence était justement à terre, un des escarpins de cuir noir qu’elle portait aux pieds était fortement enfoncé dans la partie postérieure de l’homme, pas dans la viande, non, dans le trou de son cul… joliment visé et puissamment porté ce coupe de pied. L’autre était debout, son oreille droite pendait au bout d’un lambeau de peau d’une quinzaine de centimètres, il hurlait et saignait abondamment. Clémence s’essuyait le tour de la bouche avec le T-shirt déchiré de ce mec à une seule oreille maintenant, elle venait de tomber… Elle souriait, les deux types blêmissaient. Je sortis de la voiture, j’avais laissé mon arme dans la boite à gant… Elle me vit venir, ce n’est pas pour autant qu’elle décida de fuir, elle s’avança, très élégante dans une splendide robe rouge à pois blancs, sa bretelle gauche avait été déchirée durant la lutte et son sein gauche était nu… on eut dit une amazone. Elle avait pris son dernier escarpin dans sa main droite…prête à s’en servir… Elle souriait. Je lui dis bonjour et sans attendre qu’elle me crève les yeux, je lui demandai:

«Souhaiteriez-vous travailler pour mon gouvernement…?»

Elle s’immobilisa, je ne bougeai pas et restai hors de portée d’escarpin.

«Il y aura des hommes ?» me demanda-t-elle.

Après quelques secondes qu’elle prit pour de la réflexion mais qui n’était en fait que de l’observation plus ou moins concentrée sur son sein, je répondis.

«Il y aura des hommes effectivement, mais je dois t’expliquer ce qu’est mon gouvernement.

_Je t’écoute.

_Nous restons debout au milieu de la rue ou…?

_Là-bas il y a un banc, viens t’asseoir.»

Je la suivis quelques pas en arrière, elle marchait lentement, excessivement lentement, juste pour mieux laisser ses hanches envahir mon espace émotionnel… je restai de marbre. Quand nous fûmes assis, elle ne couvrit pas son sein, elle le laissa reposer fermement le long de son bras. Je lui expliquai.

«je viens d’un pays qui n’a pas de frontières, peu de population, dont les lois sont simples… je devrais dire la Loi. Dans ce pays il n’y a que des hommes tous persuadés que la femme est l’avenir de l’Homme, aussi bien dans son devenir matériel, que dans son exaltation sensorielle et dans son avenir existentiel. Nous sommes cent à travers le monde en quête de notre représentante, cent hommes qui avons juré fidélité à l’avenir de l’humanité si c’est une femme qui la conduit ou à sa disparition si les hommes continuent ainsi. Dans notre pays inconstitué chacun d’entre nous choisit une femme… qui lui semble exceptionnelle par ses qualités physiques pour certains, intellectuelles pour d’autres. Chacun d’entre nous devra faire tout ce qui lui semble bon pour que sa représentante accède à toutes les strates du pouvoir, jusqu’à temps qu’elle soit celle qui conduira le monde… Si nous échouons, nous détruirons ce monde. C’est aussi simple…

_Et pourquoi moi ? mon cul ? mes seins ? …. le reste ? ce que je ne peux voir…

_Ton instinct de femelle…

_Et ma ma main sur ta gueule ?»

Il me fallut encore de nombreuses minutes pour lui expliquer le sérieux et la réalité de notre existence, le sérieux et la finalité de notre projet… Elle m’observa alors, droit dans les yeux, son sein toujours aussi nu, son escarpin noir à la main… Du silence observant, elle passa au silence questionnant qui aurait pu aboutir à un départ ou à un coup à travers la gueule de l’interlocuteur déstabilisant que j’étais. Elle préféra me questionner.

«je serai obligée de coucher avec toi ?

_Surtout pas… mais tu pourras être obligée de m’obéir.

_Et si je refusais ?

_ Je serai contraint de choisir une autre femme…»

Elle replongea dans un silence durant lequel elle remonta sa robe sur son sein, jeta son escarpin dans une poubelle à quelques mètres du banc où nous nous étions assis puis relevés très rapidement. Elle observa ses pieds, se les caressa, se les gratta, péta un coup sec et nécessaire, elle en sourit…

«Il faudrait que tu m’en racontes plus, que je puisse te poser toutes les questions que je veux, que je puisse te toucher aussi… là je n’en ai pas envie… il faut que je réfléchisse…

_Voici ma carte, il y a un numéro de téléphone, tu peux m’appeler à toute heure du jour et de la nuit. Il n’y aura jamais aucun contrat de signé entre nous deux, juste un pacte, un signe de tête, une liberté totale de choix et de décision… donc de départ. Je te propose une vraie liberté.

_je ne peux pas imaginer cela autrement…»

Alors elle remonta sa robe jusqu’à son ventre, elle quitta son string qui était de la même couleur que sa robe, une transparence en plus sur un peau de fin de ventre totalement glabre dont le grain prenait la lumière si finement que cela me laissait à penser qu’elle était d’une douceur et d’une fermeté non-ordinaire. Je vous en parlerai plus tard. Elle frotta vulgairement sa culotte contre son sexe et me la jeta à la figure.

«Tiens c’est ma carte de visite…»

Elle se retourna en soulevant sa robe dévoilant un cul que je qualifierais toujours de traumatique, fit quelques pas en roulant des fesses, mit sa main droite sur sa fesse droite. Sa robe retomba et elle s’éloigna. Je la regardai s’éloigner jusqu’au coin de la rue, je mis sa culotte dans ma poche non sans l’avoir senti en fermant les yeux… je me souviens d’une faiblesse à ce moment là.

Clémence était née dans une petite ville du centre de la France, insignifiante ville de moins de deux mille habitants. Ses parents, ouvriers dans une usine de pneumatiques pour vélos et autres véhicules à système de sustentation propulsorotatif, ne l’avaient pas particulièrement pas éduqué pour être une femme finale… Ils ne l’avaient pas éduquée, juste élevée, nourrie, lavée, comme il se doit quand on a un enfant… ils l’avaient certainement aimée, mais sans plus, elle faisait partie de leur contrat de mariage. Donc on ne pouvait dire qu’elle avait baigné dans un flot d’amour filial ou de volonté parentale de la voir évoluer vers une autre condition que la leur. L’école avait contribué pour une bonne part à la mise en place de sa structure intellectuelle… mais l’école ne l’intéressait pas. Elle ne s’opposait pas, ne disait jamais non ni oui , mais elle sentait qu’elle pouvait arriver à ses fins et enfins simplement en agissant sans lutter contre le courant qui la portait elle et ses congénères. C’est cette transparence relative et sa capacité à pressentir le futur immédiat qui permit à Clémence d’arriver à l’adolescence avec une certaine fraîcheur, loin de toute angoisse existentielle. Le jour où elle sentit le premier regard d’un homme sur son corps , elle sut que le monde était simple pour qui savait le lire. Elle passa du corps d’adolescente au corps de femme calmement, en s’épanouissant lentement. Son esprit et sa manière d’agir étaient les mêmes depuis le jour de sa naissance…

Clémence avait un rapport à son corps qui était des plus extra-ordinaires. Entre le jour où je lui fis cette proposition et le moment où elle daigna me répondre, il se passa presque trois années, temps durant lequel je ne la quittais ni des yeux ni du regard, encore moins de mon esprit… tout en persistant à trouver éventuellement d’autres femmes aptes à devenir celle que nous cherchions, Clémence pouvait à tout moment disparaître, évoluer vers une forme plus sociale de la féminité. Mais l’essentiel de mon action contemplative était tourné sur l’évolution vibratoire et ondulatoire du corps de Clémence à travers l’espace social dans lequel j’avais pris l’habitude de l’observer. Je ne pourrais dire si elle sut que j’étais là, plus que discret, plus qu’absent, plus loin qu’il n’était nécessaire… mais je la suivais comme on suit une étoile dans sa course nuit après nuit… Elle était souvent nue, ou apparaissait dans une nudité relative… lumineuse donc. Peu de temps après l’avoir contactée, je la suivai durant ses premières vacances d’été, seule… ou presque. Elle attirait des nuées de mâles, des flux de regards tous plus violentant les uns que les autres…Sur cette plage du sud-ouest de la France, retirée des zones de surveillance, elle allait se faire bronzer, nue, quittant le camping où elle avait planté une ridicule petite tente bleue, simplement vêtue d’un paréo jaune et marron qui surcontrastait avec sa peau caramélisée… Elle traversait le camping, toujours ainsi dévêtue, et laissait voler ce tissu coloré quand le vent d’ouest soufflait au plus fort, sans la moindre intention de l’empêcher de dévoiler son corps. Les hommes la regardaient, les hommes se mettaient en arrêt à l’instant précis où elle se dirigeait vers la plage, sa plage; elle partait systématiquement à la même heure chaque jour, ritualisant son passage, obligeant tous les mâles à ne plus vivre sans son image… et à cet instant on n’entendait plus que des souffles courts et appuyés qui suivaient le rythme du déplacement du cul de Clémence. Certains avaient la chance d’apercevoir son sexe entièrement glabre, d’autres fixaient leurs regards sur chacune des pointes de ses deux seins, tendues et collant au très léger coton humidifié par une sueur de début d’après-midi. D’autres se faisaient interpeler par leur femme, et quelques rares avaient la chance de l’apercevoir quand elle renouait son paréo alors qu’il venait de faire mine de se dénouer. Ainsi elle s’arrêtait, défaisait le noeud placé au-dessus de ses seins, écartait les bras pour remonter l’étoffe peinte et alors qu’elle était donc entièrement nue, elle prenait le temps de se mettre face au vent pour donner à son corps l’odeur du sel et de la mer en se cambrant au maximum afin de soulager son dos et arrondir sa croupe pour que tous les mâles silencieux et apnéiques qui étaient derrière elle puissent en profiter. Il y avait toujours un homme qui la suivait entièrement du regard, lorsqu’elle se tournait vers lui, nue, il baissait les yeux, tout au plus les détournait… au pire éjaculait dans son short. Alors elle se dirigeait vers la mer… après les respirations haletantes on passait à un lourd et sourd roulement de bruits cardiaques, tous à l’unisson du rythme du flux sanguin qui empourprait leurs corps caverneux, leurs tissus capillaires et autres muqueuses. Elle aurait pu être virée de ce camping pour atteinte à la pudeur, exhibition… mais personne n’osait et les rares femmes qui avaient eu l’idée de le faire en se plaignant auprès du directeur du camping, s’étaient retrouvées plus nues qu’elle lorsque les portes de leur cabine de douche étaient tombées lors de leur toilette quotidienne. Elle savait faire croire qu’elle était partie avec un de leurs hommes, elle savait faire parler celles qui n’avaient rien à dire et de rumeurs en rumeurs, de bruits en bruissements, les cocues se montraient du doigt, les suceuses de dessous les douches nocturnes se découvraient être de maîtresses femmes sans qu’elles le sachent, les prises par derrière debout contre le mur des chiottes avaient les mains râpeuses… et elle promenait ses lourds seins face aux yeux de tout ce petit monde féminin qui la haïssait. Les hommes convulsaient, les femmes utérinaient ; elle, vaginait mollement au centre de sa sphère érotophile… Une autre femme apparut à ce moment là. Cette femme avait moins de quarante ans. Elle apparut dans la vie de Clémence comme un amour dans une histoire d’amour… Au coin d’une rue, un matin de jour de marché. C’était une grande brune, habillée de noir, romancière de son état… une femme superbe, certaine, apaisée mais d’une violence rare à l’encontre de qui ne savait pas lui plaire. Elle n’aimait personne, était toujours dans l’observation de son entourage immédiat, en quête d’un ou d’une autre qui viendrait se coucher lourdement dans son prochain livre ou sa prochaine nouvelle. Elle tomba sur Clémence au coin d’une rue, entre l’étal d’un vendeur de melons et une jeune femme tatouée qui vendait des robes maladroitement fabriquée en Asie du sud-ouest exceptionnellement…Leurs deux poitrines se heurtèrent avant que leurs deux visages se frôlent. L’une était aussi brune que l’autre était ce jour là rousse ou presque, elles étaient de même taille, Clémence avait plus de poitrine que cette femme dont je ne connaîtrai jamais le nom, mais elles avaient la même cambrure pour un type de cul aussi provocant l’un que l’autre. La femme était habillée d’une robe noire, je ne la verrai toujours qu’habillée en noir, une robe sans manche, de grande marque, certainement signé par un grand nom de la couture ou cousu par un petit tailleur qui connaissait parfaitement son corps, l’angle exact qui permettait à ses reins de laisser arrondir ses fesses sous cette robe noire d’une banalité déconcertante, bref le corps embellissait cette robe encore plus que nécessaire… Clémence portait une robe verte, nue dessous, je l’avais vue s’habiller dans sa petite tente bleue qu’elle avait laissé ouverte… il est vrai qu’il faisait chaud. Clémence venait de l’est et le soleil qui éclairait dans son dos passait à travers le fin coton de sa robe, on lisait plus qu’on ne devinait les courbes précises et fermes de son corps, l’un des rayons qui avait eu la délicatesse de se refléter sur le miroir d’un marchand passait exactement à la parallèle de son entrejambe, éclairant en quelque sorte de l’intérieur le plus fin de son sexe. Donc elle était nue. La femme la dévisagea, leurs deux poitrines collées l’une à l’autre, Clémence ne bougea pas, elle profitait de la chaleur du soleil dans son dos. La femme leva sa main gauche qu’elle posa sur la poitrine de Clémence en la repoussant légèrement pour se détacher d’elle. Clémence la laissa faire…Un léger vent souffla, la jupe de Clémence se souleva, je pris une photo de ces deux femmes, une photo verte, noire et lumineuse.La femme en noir contourna le corps de Clémence en effleurant les tissus de leurs robes respectives, leurs hanches se frôlèrent, aucune n’eut un sourire mais chacune ressentit intérieurement la satisfaction de la découverte d’une harmonisation. Ce fut leur première rencontre. J’avoue que l’image de la femme en noir resta longtemps présente à mon esprit, au moins jusqu’au moment où la pellicule fut développée. Leurs deux corps s’éloignèrent l’un de l’autre, je n’avais pas d’autre choix que de suivre Clémence, mais il est vrai que j’eus un doute qui me poussa à me retourner sur le corps lent, long et de plus en plus lointain de cette femme en noir, je savais que je ne serai pas sans la revoir. Quand je passai à l’endroit où elles s’étaient rencontrées, je remarquai que cette femme avait fait tomber de sa pochette une photo d’un paysage, un paysage marin de bord de mer pris de trois-quarts haut, le style de paysage méditerranéen que l’on ne peut voir que si l’on possède une de ces grandes villas accrochée à l’une des falaises d’une des côtes de secrètes de la mer méditerranée… Je ramassai et conservai. Je suivis Clémence qui retournait à son camping, elle avait réussi à se nourrir au marché sans dépenser un sou, se penchant devant le marchand de fruits en demandant si cela ne le dérangeait pas qu’elle goûte sa pêche, qu’elle suce son fruit, et ce avec un sourire… le commerçant se payait avec un regard prolongé et appuyé sur ses deux seins lourds et fermes qui s’ils n’avaient appartenu à Clémence, auraient pu se présenter formellement à côté de deux beaux melons. Sur le chemin du retour elle croisa un homme et encore un homme puis un autre qui lui ne se retourna pas sur elle ni ne la regarda. Elle le sentit et entreprit instinctivement une mise en scène pour qu’il s’occupa d’elle afin qu’elle s’occupe de lui… Elle cria, lui se retourna sur se cri, elle était à terre et se tenait la cheville, il se dirigea vers elle afin de lui porter secours… Il ne pouvait pas ne pas voir le sexe de Clémence qui s’offrait à son regard, elle était assise à terre, jambes écartées, geignant d’une douleur feinte, cependant en se précipitant à terre elle avait réussi à se blesser sur un des cailloux du chemin plus coupant que les autres, donc elle saignait d’une douleur geinte. Il ne dit mot, sortit un mouchoir en papier pour essuyer le sang coulant. Clémence avait encore plus relevé sa robe son ventre était pour ainsi dire nu, il eut la délicatesse de le recouvrir, elle eut l’indélicatesse de présenter son pied au contact du bas-ventre de cet homme. Il n’en sourit pas, resta dans un silence absent qui énerva Clémence, il l’aida à se relever. Elle le prit par la main et l’entraîna derrière les arbres du bord du chemin. Cette indifférence à son égard l’excitait autant que cela aurait pu la rendre violente, il était hors de question qu’un homme résista à ses charmes associés à son charme. Elle déboutonna son pantalon qui tomba sur ses tennis rouges, Clémence engloutit son sexe dans sa bouche, elle ne le lâcha pas, il ne bougea pas, ne la toucha pas, il se contenta de jouir violemment sur le visage de Clémence qui souriait. Son silence, maintenant constant, raccompagna la fermeture de sa braguette… il déposa un baiser sur le front de Clémence qui avait encore le visage maculé, il partit, reprenant son chemin là où il l’avait quitté et retourna vers le village d’un pas marqué. Clémence se masturba adroitement le dos appuyé à un arbre, elle saignait toujours de sa blessure. Elle reprit sa route sans s’être essuyé le visage qui sécha vite au soleil presque à son zénith. Arrivée à sa tente, elle se déshabilla et se coucha pour une sieste, la tente restait ouverte, tout à chacun pouvait la voir endormie et nue. Je décidai de me reposer aussi.

Depuis la nuit des temps, depuis que l’homme a pu écrire et qu’il a structuré ses sociétés par l’intermédiaire de lois, notre congrégation existe au delà de toutes considérations religieuses, ethniques, sociales ou spirituelles. Elle n’a toujours été composé que de cent hommes, jamais plus, jamais moins qui au fil des siècles se sont passés cette charge et mission de père en fils, d’homme à homme, d’initié à disciple. Chacun d’entre nous a pour mission de trouver celle qui accèdera au pouvoir totale, féminisant la société afin qu’elle ne tombe pas dans le chaos et l’obsolescence. Nous avons compris depuis toujours que la violence innée de l’homme ne pouvait permettre au pacte social initial de perdurer. Seule la bienveillance féminine a pu maintenir un semblant d’harmonie afin d’éviter toute forme d’extinction prématuré de la race humaine par une violence accrue et récurrente. Ainsi depuis toujours nous veillons à l’équilibre des émotions et nous cherchons sans pour autant l’avoir trouvée celle qui sera… elle n’est qu’une élue. Mais ayant pris conscience que notre surnombre ne pouvait permettre une inversion totale de sexocratie et de sexologique, nous avons pris la décision de détruire le monde avant l’année 2050 si aucune amélioration notoire du flux sociétal dégénératif était remarquée et ressentie. Depuis deux mille ans nous avons essayé, parfois avec de belles réussites… Néfertiti, Cléopâtre, Aliénor d’Aquitaine, Mary stuart, Hypatie d’Alexandrie, Jeanne d’arc, Pocahontas, Mulan, Catherine de Médicis, Messaline, Victoria et d’autres encore dont l’Écrit ne retint pas les noms mais qui parfois firent basculer l’histoire positivement mais aussi a contrario de ce que nous avions espéré. Ainsi Jésus avait une sœur jumelle qui fut tuée par un légionnaire romain, mais c’est elle qui le guida dans son destin, si elle n’était morte prématurément elle aurait pris sa place. Attila était une femme, nous étions les seuls à le savoir. Jules César tomba amoureux d’une princesse gauloise qui devait calmer ses ardeurs conquérantes mais elle mourut des suites d’un accident de cheval, fou de douleur il conquit le reste du monde. Christophe Colomb tomba à l’eau poussée par Maria Térésa de villalobos, déguisée en homme et engagée comme géographe, elle savait ce qu’il allait découvrir et ne pouvait mettre en péril les sociétés amérindiennes, mais ce soir là un homme se réveilla et le sauva, elle fut découverte, jetée à l’eau à son tour, Colomb fit jurer à ses hommes de ne jamais en parler, l’Amérique fut découverte. Implanter l’empathie féminine au sein du pouvoir masculin avait toujours été notre volonté. L’homme qui m’a transmis cette tâche m’a toujours expliqué qu’il n’était pas nécessaire de choisir ou la plus belle ou la plus intelligente, mais de laisser aller son instinct et de conduire la femme pour qu’elle soit au contact de ceux et celles qui sauront ou n’auront pas d’autre choix que de la mener plus avant. Toute la tâche reposait donc sur la conduite, la conduction et la mise en contact de l’environnement avec les capacités des femmes que nous, les cents nous choisissions. Il m’est évident que Clémence ne brillait pas par son intelligence, ni par son empathie… d’autres avaient par le passé, fait le choix de celles qui devinrent Marie Curie ou mère Thérèsa. Mon choix portait sur cette femme pour sa faculté et sa facilité à opérer comme je pensais qu’il fallait opérer, il y avait une osmose entre mon esprit et sa sphère comportemental… je le ressentais. Beaucoup de femmes détestaient Clémence pour son apparente niaiserie substantielle, beaucoup d’hommes ne supportaient pas Clémence parce qu’elle les obligeait à refouler en eux ce qu’ils avaient de plus odieux, de plus violent, de plus instinctif dans leur sexualité refoulée. Elle était, alors qu’eux se battaient pour ne pas être. Clémence avait une densité telle dans sa manière d’appréhender au plus juste le comportement masculin qu’elle ne leur laissait pas d’autre choix que d’être ou un mâle animal ou un ersatz résiduel de la transmission du chromosome Y, désormais détruit à 97 % par tant de réplications. Elle avait son intelligence dans l’utilisation de l’action exacte au moment où il le fallait, sans réflexion, sans doute, sans regret… elle avançait et à chaque fois qu’on se rendait compte de ses faits, elle était déjà ailleurs dans un autre autrement. Elle passait d’une action à l’autre avec une telle efficacité qu’elle représentait à mon sens la véritable représentation du mot évolution… Elle agissait jusqu’à temps qu’elle ne puisse plus agir ou pour favoriser son intérêt ou pour son propre plaisir… elle était l’action, alors que tant d’autres ne regardaient que l’action. Moi, l’homme à qui l’on avait transmis, j’étais l’observation. De tous temps il nous avait été formellement conseillé de respecter la plus grande neutralité à l’égard du sexe féminin, l’action sexuée nous était interdite, l’observance de cette règle était essentielle à la réussite éventuelle de notre tâche. Nous ne pouvions mener à bien celle-ci que si nous étions capable d’éteindre notre flux hormonal et le réduire à la plus profonde sagesse. Nous savions bien, et ce depuis l’aube des temps, qu’il nous était grandement difficile d’infléchir le sens d’exécution de l’axe sur lequel nos sociétés vivent. Si tel n’avait pas été le cas , il y aurait eu bien longtemps que les guerres auraient disparues et que les femmes auraient pris ce pouvoir temporel auquel les hommes étaient divinement attaché… ils avaient même créé un seul et unique dieu à leur image pour imposer cette faible force physique. Mais nous luttions et nos choix avaient de tous temps permis une constante, mais faible, adéquation du perturbant masculin avec le calme féminin. Les hommes n’étaient que cela: de faibles êtres du futur condamnés à imposer violemment leur croyance du présent… les femmes ou sorcières ou voyantes, savaient quel était le sens du temps et ce qu’il en adviendrait s’il n’était pas respecté… Nous les cents, n’étions que des pourvoyeurs du temps futur que nous savions lire dans l’immédiateté du présent, le fusible par lequel passaient toutes les tensions de notre humanité. Le cul des femmes calmait la haine destructive des hommes. Le corps des femmes apaisait l’invariable solitude temporelle des hommes… Et ces corps d’hommes les ancraient pesamment dans un temps toujours plus dur, toujours plus long à vivre.

Clémence se réveilla au moment où notre lune accompagnatrice faisait front à la noirceur de la nuit. La lune était pleine, brillante, savante… Clémence, de ses yeux verts et noyés de sommeil oublié, la regarda. J’étais au loin, moi aussi dans une ridicule petite tente qui abritait mon regard et mes regards. Elle sortit nue de sa tente, elle ne savait pas qu’elle était nue mais elle savait qu’il était nuit. Depuis son endormissement, un homme, un de ceux dont l’odeur corporelle peut pousser une femme à fermer les yeux et ne plus respirer, un de ceux dont la rusticité peut pousser une femme à ne plus vouloir être une femme, juste après, un de ceux dont la corpulence et la pilosité ne peut satisfaire une sensibilité féminine acquise à la douceur et à la sensualité…Ou alors à de franches paysannes d’un autre temps à qui, si on avait demandé ce qu’elles en pensaient, auraient pris le temps de dire non et d’y penser avant de le dire… Un homme, un de plus. Cet homme observait le corps de Clémence offert, certes, mais qui ne lui était pas destiné. Je le voyais manipuler ses organes génitaux plus en avant au fur et à mesure que sa tension nerveuse et sanguine augmentait, il allait la violer, peut-être la tuer juste avant ou juste après… tant qu’elle serait chaude et humide il n’en verrait pas la différence… il se dirigea silencieusement vers Clémence qui, nue , sentait que cette lune avait à lui parler. Je le vis sortir de sa poche, un couteau, je pouvais sentir sa forte odeur de l’endroit où j’étais situé. Tellement elle était collante, elle ne pouvait se détacher du fragile vent calorifère de cette soirée… Je tirais une seule balle l’abattant silencieusement, à la base de la nuque; tout au plus le sifflement de la balle dans l’air et le bruit pneumatique de sa sortie du silencieux de mon fusil pouvait être pris pour la course d’un écureuil sautant d’arbre en arbre. La lourde masse de cet abruti tombant sur le sol, dans ce bosquet dans lequel il s’était caché laissa endormis les sens de Clémence. J’irai le ramasser une fois qu’elle se serait recouchée, là où il était il ne pouvait être vu et ce malgré la lumière jaunissante de cette pleine lune. Quelques minutes passèrent, Clémence sentit le sang coulé le long de ses cuisses, elle passa sa main entre ses jambes… sentit ce sang chaud et s’en retourna vers sa ridicule petite tente qui sous la lumière de la lune prenait des teintes verdâtres. Avant de se coucher, elle remarqua l’exemplaire des fleurs du mal que j’avais discrètement jeté alors qu’elle était dans son premier sommeil siestal, elle s’endormit au bout de quelques pages. Je fis disparaître ce corps lourd et pesant sous un arrosage d’acide dont je gardais toujours quelques litres dans ma voiture, une fois réduit à de simple composants, je le hissais dans le grand coffre de ma voiture, non sans l’avoir enveloppé d’un tissu. J’allais jusqu’à la plage où un bateau m’attendait suite à mon appel téléphonique cellulaire. Il serait plongé plus loin et lourdement accompagné. Nous les cents avions toujours moyens de mener à bien notre projet… l’argent n’était pas notre problème et encore moins notre but… Clémence saigna encore pendant quelques jours en restant dans sa tente.Je suis devenu l’un des cents par l’intermédiaire de mon professeur de philosophie. Je préparais mon doctorat et j’étais admiratif de cet homme qui savait, ne serait-ce qu’en m’observant, que j’avais de nombreuses conquêtes féminines. Peut de temps avant que je termine ma thèse sur la prédominance de la féminité dans la structuration intellectuel de l’homme philanthropique moderne, il me convoqua dans son bureau. Il fut direct, m’expliqua quel était le rôle des cents, quelles en étaient les règles et les obligations et que tout désistement à cette charge volontairement acceptée ne pouvait se faire que si l’on trouvait un remplaçant. Si tel n’était pas le cas, l’ensemble de la congrégation pourvoyait à ce manque en délégant un des membres pour cette recherche. Nous ne pouvions pas être moins de cent et nous ne pouvions pas être plus de cent. Chaque passage de charge se faisait avec l’assentiment des quatre-vingt-dix-neuf autres, à la lecture d’une lettre que chaque nouveau promu devait écrire, celle-ci ne devait pas dépasser cent lignes. Toute violation volontaire à ce règlement ancestral pouvait entraîner la mort si cinquante et un membres le demandaient. Tous les membres ne communiquaient que par lettres manuscrites adressées à des boites postales. Les identités étaient inconnues, seules les initiales étaient figurées. Les lettre étaient brûlées. La congrégation possédait un historique trésor de guerre qui permettait à ses membres de vivre sans travailler s’ils le souhaitaient, certains d’entre eux étaient de riches hommes qui finançaient de surcroît la congrégation, d’autres s’y consacraient corps et âmes. Tout membre qui cherchait à détourner cette manne financière à son profit pouvait se retrouver sous la loi des cinquante et un pour cent et y laisser sa vie. Chaque membre recevait un bilan comptable où chacun des membres y était référencé et pouvait à tout moment vérifier ce qu’il en était. Mais le choix des cents avait toujours été attentif et prévoyant si bien qu’aucun d’eux ne s’était détourné de la règle. Une fois que l’élue était nominativement révélée aux membres, toute dépense et acte extraordinaire devait être justifié aux autres par courrier. Suite à ces explications, il me demanda de réfléchir mais de garder silence. Ma réponse fut immédiate, quelques semaines plus tard,après avoir écrit ma lettre de demande et de remplacement, je prenais sa place avec l’accord de tous mes pairs, il me remit la liste des adresses, quelques cartes bancaires ouvertes sur différents comptes, des listes téléphoniques d’hommes de main payés par la congrégation, charge à moi d’en trouver d’autres si bon me semblait. Il me répéta une dernière fois de garder le silence car tout se savait et que je saurai tout sur tous… Vingt années plus tard je dus justifier du mort du camping et du paiement de celui qui permit aux poissons de l’Atlantique de se nourrir un peu mieux, je postais mes quatre-vingts-dix-neuf lettres, je reçus autant de réponses entérinant le choix que j’avais fait. Il nous arrivait tous d’agir ainsi.

Je retrouvai Clémence pour ses dix-huit ans, non pas que je l’avais quittée des yeux, bien au contraire mais durant cette période de fin d’été, elle fut particulièrement calme pour ne pas dire absente. Elle resta la plus part du temps chez elle, au domicile de ses parents, qu’elle s’apprêtait à quitter pour rejoindre une université de province pour y étudier une langue étrangère. Je l’observais dans la rue, elle était toujours aussi libre vestimentairement, très distante des femmes qu’elle croisait, aimantant toujours autant les hommes qui la dévorait du regard mais elle ne répondait plus systématiquement avec sa bouche ou son corps ou son sexe. Il lui arrivait de simplement leur parler, de les ignorer, de rire avec eux comme tout à chacune… J’eus un doute jusqu’aux prémisses de l’hiver, je sentais sa pulsion femelle s’amoindrir. C’est en l’observant beaucoup plus attentivement que je compris la relation qui s’était nouée entre elle et un jeune homme, insignifiant étudiant de deuxième année qui était un ami d’enfance, juste un un peu plus beau peut-être, juste un peu plus près d’elle. J’attendis avant d’intervenir. Quel type d’intervention devais-je avoir, une disparition physique? un détournement par l’intermédiaire d’une autre ? Je me donnai deux semaines pour regarder et choisir. Ce jeune homme était visiblement très proche de Clémence qui à son contact perdait de sa violence sexuée, elle s’amoindrissait pour mieux le laisser s’approcher, comme une mante religieuse qui laisse le mâle être mâle avant de le dévorer. Ce jeune homme était proche mais extrêmement impressionné par l’opulente féminité vorace que Clémence pouvait parfois laisser échapper si elle ne s’était réfrénée. Ils discutaient souvent longuement tous deux, ne se touchaient presque jamais, échangeaient quelques bises de salut matin et soir…ce que j’avais pris pour de l’amitié au départ ressemblait de plus en plus à un amour transis à l’égard de cette personne. Je suivis cet homme plus en avant jusqu’à le retrouver dans les bras d’un autre homme, je décidai alors de ne rien entreprendre… le temps ferait son affaire

Je m’intéressai de plus près à ce jeune homme dont la déroutante insignifiance m’avait laissé à  penser qu’il ne pouvait pas être perturbant pour Clémence, et  ce surtout parce que j’avais compris son attirance physique pour les hommes. Mais plus je voyais Clémence se tempérer plus je m’inquiétai du pourquoi de cette situation, de la réelle teneur de leur relation. Mon observation patiente  et aiguisée de leur continuum journalier dut se compléter d’une écoute précise de leurs dialogues. Ce jeune homme n’était pas l’étudiant  de deuxième année que j’avais cru reconnaître, il était élève dans un cours de théâtre et sa voix, le juste son de sa voix mettait Clémence dans un apaisement émotionnel tel qu’elle ne ressentait plus le besoin de laisser exprimer sa  personnalité qui apriori brillait ou existait par sa sexualité débordante et expérimentale. Les textes qu’il lui lisait, les poèmes qu’il déclamait ou récitait la remplissait, remplissait ce vide intérieur qui la caractérisait jusqu’à ces instants. Il lui lisait du Céline, lui récitait du Rimbaud, s’inquiétait avec elle sur du Mayakovsky, pleuraient parfois tous deux sur des  vers étrangers prononcés… Ces instants vibratoires mettait le corps de Clémence dans une harmonie sensuelle suffisante pour qu’elle n’éprouve pas le besoin de se laisser aller  à des explorations corporelles diverses et incertaines. Son être s’harmonisait à la voix  de cet homme, je la voyais se structurer, se densifier. Son appétence réelle pour la fréquence vocales de ce garçon l’éloignait de ses prises de pouvoir copulatives qu’elle avait pu avoir à d’autres moments. Je fis tout ce qui était en mon pouvoir pour que la dix-huitième année de Clémence se passa ainsi, éloignant ou déroutant du chemin de Clémence tous les hommes dont je pensais qu’ils auraient pu, par leur présence physique, perturber cette maturation… Elle s’endormait souvent un livre à la main, Le son de cet homme stationnait en elle…Clémence prenait toujours autant de plaisir à l’écouter. Un soir, alors qu’elle lui avait donné rendez-vous dans un parc, par une belle soirée printanière, elle resta une heure à l’écouter lire des poèmes de Michaud. Elle était immobile, maladivement immobile, je ne l’avais jamais vue ainsi, son corps s’en était même vouté, sa poitrine tombait sur son ventre, donnant l’apparence de s’être arrondi… était-elle enceinte ? j’étais persuadé du contraire, mon observation journalière de ses déplacements et rencontres me laissait à penser qu’elle n’avait croisé aucun homme suffisamment intéressant  pour qu’elle ait pu se laisser aller à cette nécessité biologique et égoïste. Non, elle était pleine de la voix et des textes que ce jeune homosexuel lui  avait lu pendant près de neuf mois. Quand il eut fini, elle le regarda droit dans les yeux et s’adressa à lui.

« Tu sais… on va arrêter de se voir, je n’en ai plus envie, je n’en ai plus besoin…

_ De quoi me parles-tu, besoin de quoi ?

_ Besoin d’entendre ta voix, besoin d’entendre tes textes, besoin de cette sensibilité qui m’a simplement positionnée à côté de toi…

_ Mais  nous sommes des amis, il y a quelque chose qui s’est scellé entre toi et moi…

_ Il y a juste le temps et l’espace qui s’est posé là, toi qui avait envie de lire, de donner du texte à mon corps, mon corps qui avait soif et faim  de tout ces mots, de ce sens qui maintenant est en moi. Je suis enceinte de ta voix, tout cela va germer, ces mots seront mon sens à venir. »

Le jeune homme était en plein désarroi, au bord d’une crise qui aurait pu être de larmes ou de nerfs. Lui, qui jusque là n’avait aimer et désirer que des hommes, sentait en lui une violente pulsion qui aurait pu le pousser à frapper cette femme ou à toucher son corps pour se l’approprier comme un morceau de viande qu’on avale goulûment, croyant calmer sa faim. Cependant ce n’est que sa main droite qui saisit l’épaule gauche de Clémence, il lui fit presque mal. Elle positionna sa main droite sur sa main gauche, la retira calmement puis la lâcha. L’énervement de l’homme devenait de moins en moins perceptible et de plus en plus visible. Il éleva la voix, chose qu’il n’avait jamais fait et cette voix maintenant moins chaude, plus forte, à la fréquence différente de celle que Clémence avait eu l’habitude d’entendre, celle qui laissait son esprit se lover au creux de ce son, cette voix eut l’effet d’un électrochoc. Le regard de Clémence changea, je retrouvai cette étincelle froide que j’avais repérée la première fois. Elle prit de sa main droite, la baguette de bambou qui maintenait le chignon, qu’elle avait d’un roux plus orangé qu’à un certain moment. Le jeune homme n’eut pas le temps de savoir si sa crise serait ou de larmes ou  de nerfs, elle lui planta cette baguette de bambou droit dans l’oeil droit, atteignant le cerveau. Il mourut sur le coup, s’écroulant sur le gazon du parc vide. Clémence laissa ses cheveux retombés, ils me parurent plus rouges qu’orangés sous la lumière naissante du lampadaire à gaz néon du parc. Le corps gisant, Clémence debout et droite, tous deux sous ce lampadaire, tous deux immobiles. Je pris une photo  dont les couleurs s’estompaient bien avant que le temps passe. Clémence se retourna, l’étincelle de ses yeux était revenue, juste plus chaude qu’avant. J’avais toujours de l’acide dans le coffre de ma voiture

Le fleuve prit le souvenir de ce corps. Clémence retourna chez elle comme si de rien n’était, elle y resta une dizaine de jours, couvant ses mots. Elle ne sortit pas, resta visiblement dans sa chambre. Au matin du onzième jour, elle sortit… plus belle qu’elle ne l’avait jamais été. Elle avait coupé ses cheveux très courts, les avait teints en un orange vif qui contrastait fortement avec le vert émeraude de ses yeux . On apercevait l’aréole tourmentée de ses deux seins pointant victorieusement sous une robe blanche librement transparente. À son regard lumineux et vorace, je sentis qu’elle avait besoin d’hommes… Durant le mois qui suivit, chaque soir fut l’occasion d’en rencontrer un différent. Elle commença par de gros et forts mâles à la carrure impressionnante qui ne l’impressionnèrent nullement, ils finirent à genoux, devant elle, plus soumis que des chiens qui attendent leur pâté. Elle continua avec de beaux ténébreux, cachés derrière leur lunettes noires, leurs vestes noires dont le col remonté masquait des chemises aux cols élimés… Ils finirent par chanter « y’a d’la joie » le matin au lever. Elle s’enticha quelques heures d’un quadra, conquérant, roulant dans une grosse voiture achetée avec la prime que son entreprise lui avait donnée parce qu’il avait doublé son objectif annuel dès le mois de mars…. Alors qu’il roulait sur l’autoroute et que Clémence s’occupait de l’exaltation du conducteur, il eut le malheur, accidentel ? de laisser son téléphone portable sonner à son domicile, sa femme enceinte eut l’orgasme en direct, la comparaison entre elle et Clémence aussi… Le lendemain quand il rentra chez lui, tout du moins ce qu’il en restait, il apprécia la blancheur des murs, la sémantique complexe du mot « enculé » enregistré sur le répondeur du téléphone, les notes de frais chargées volontairement que sa femme avait balancées au service comptable de son entreprise… Il regretta que sa femme, avocate douée, se chargea elle même de leur divorce. J’envoyai par pur plaisir et respect de mes convictions, anonymement, des photos prises alors qu’il côtoyait dans un mélange salivaire avancé, une autre femme, avant que Clémence ne l’enlève à l’insu de son plein gré. Clémence essaya toutes les couleurs de peau, toutes les tailles de corps, de sexes, remarqua que les plus gros n’étaient pas forcément les plus efficaces, que les hommes qui prenaient le temps de s’occuper d’elle et qui savaient contenir leur propre excitation étaient ceux qui lui donnaient les plus beaux orgasmes et étaient ceux qui avaient les plus beaux orgasmes. Elle les abandonna avant qu’ils ne se réveillent, les laissa le pantalon sur les chaussures avant qu’ils aient fini d’éjaculer, leur cracha parfois leur sperme au visage, l’avala devant eux glorieusement… Et puis un soir elle fut repue, ses vêtements sentaient sa propre odeur de sexe, son ventre sentait le sexe et le sperme, elle avait outrebaisé, outresucé, outrejoui… il lui fallait se reposer. Durant toutes ces semaines, une fois je la vis regarder la carte que je lui avais laissée, elle était seule à posséder ce numéro, ce téléphone était pour elle, elle le regarda et le rangea précautionneusement dans un porte feuille rose qu’elle portait à même les poches de son jean parfois ou alors dans la poche d’une veste… jamais je ne la vis porter un sac. Je sentais la maturité émotionnelle et physique de Clémence s’accomplir là sous mes yeux. Alors elle s’en retourna chez ses parents pour leur annoncer qu’elle allait déménager, prendre un petit appartement, qu’elle avait bientôt dix-neuf ans et qu’il fallait qu’elle apprenne à vivre seule. Ses parents s’inquiétèrent du problème financier. Clémence avait reçu de sa grand-mère un petit héritage suffisant pour vivre et se loger pendant deux années au moins et elle leur dit qu’ils n’auraient aucun effort à faire. Ils s’en trouvèrent soulagés. Ils prirent leur dernier repas ensemble. Le lendemain , elle boucla sa valise pour une grande ville, n’oublia pas un bougeoir à quatre branches qu’elle avait toujours vu chez ses parents et qu’elle aimait plus que n’importe quoi, elle ne s’en était jamais servie et avait toujours imaginé qu’elle pourrait le mettre dans son jardin plus tard. Clémence prit le train, oublia l’université qui ne lui avait rien apporté, juste sa première voix et son premier meurtre qui n’en était pas un, c’était une pulsion de sauvegarde comme une pulsion de plaisir. Je la suivis dans cette ville…Elle s’installa dans un F1 assez banal, elle se contenta de repeindre les murs dans un ton rose plus chair que saumon… elle s’y sentit bien. Durant une semaine elle chercha quel métier elle aurait pu bien faire, passant de petites annonces en petites annonces… Elle ne pouvait être vendeuse, elle n’avait rien à vendre. Elle ne pouvait être boulangère elle n’aimait pas le pain, elle ne pouvait qu’être serveuse dans un bar de nuit. Quand le patron la vit, il fut choqué, non pas par son physique mais plutôt par le potentiel de gain numéraire qu’elle représentait. Clémence était, derrière un comptoir, un investissement d’une rentabilité certaine, un 200% assuré surtout si elle s’habillait avec la même petite robe dont le dos nu s’arrêtait exactement là où commençait sa raie interfessière qu’elle avait haute placée et axée dans l’exacte courbe de sa chute de rein… elle était un volume géométriquement stable  mais à l’émotionnalité instable. Le premier soir, elle vint avec cette petite robe dont le décolleté invitait à la consommation à outrance, ses seins trempaient dans le whisky… Au bout de huit jours elle avait renommé tous les cocktails du bar et en avait inventé de nombreux autres. Le bloody mary se nommait « l’in-Clémence », elle y plongeait en direct le téton de son sein droit… pour trente euros de plus, le client goûtait au breuvage en tétant son sein, elle inventa le « fucking-me »: derrière le bar elle plongeait un doigt dans le cocktail, doigt qu’elle introduisait ensuite dans son sexe, elle finissait par le retremper dans le breuvage et le faisait boire au client en le regardant dans les yeux… il en coûtait cinquante euros. Le summum était le fellation-one: pour cent cinquante d’euros Clémence urinait quelques gouttes dans le verre, masturbait le client qui éjaculait dans le shaker, elle mélangeait le tout à une fine champagne, quelques gouttes de curaçao du Guatemala, quelques gouttes de salive qu’elle laissait tomber sur le sexe en érection, son verre dessous se remplissait, alors pour finir elle ajoutait un peu de citron, cinq gouttes de Grand-marnier, du piment d’Espelette et un dé à coudre de vodka… Elle en faisait jusqu’à 30 par nuit. Les hommes buvaient, les femmes de ces hommes buvaient… les femmes demandaient à boire des verres d’hommes au hasard… Elle finit par exiger cinquante pour cent de chacun des verres qu’elle servait. Le patron ne sut refuser… il s’enrichit, elle se rendit indépendante à outrance et finit par augmenter librement le prix de ses cocktails. La police ne trouvait rien à redire, on leur servait des verres gratuits. Elle inventa même en leur honneur un spécial, le « twenty two » qu’elle fabriquait à partir de salive de femme, cinq au maximum, d’urine purifiée de femmes fontaines qui se masturbaient au-dessus du verre, elle avait ses habituées et de trois vodkas différentes, le tout agrémenter d’un jus de goyave fraîche qu’elle faisait venir du Venezuela pour l’occasion… C’était gratuit pour les deux policiers qui passaient une fois tous les quinze jours et payant à outrance pour les traders enrichis qui ne savaient plus quel sens donné au mot foutre d’une femme… Elle finit par racheter la boite de nuit de son patron qui après un infarctus préféra se retirer à la campagne. Elle était chez elle, elle choisirait qui entrerait… Au bout de neuf mois, elle quitta son F1 pour un six pièces… Elle regarda à nouveau ma carte toujours rangée dans son portefeuille rose. 

Elle la regarda, et de nouveau la rangea au même endroit. Sa vingtième année approchait et elle commençait à saisir avec la plus grande finesse, l’impact qu’elle avait sur son entourage, pour preuve sa micro réussite sociale, qui certes ne lui apportait aucun satisfecit d’ordre matériel et personnel, si ce n’est certainement la compréhension intelligible de ce que sa féminité donnait à la lisibilité à moyen terme de sa vie. Elle installa trois autres jeunes femmes en lieu et place de sa personne qui s’acquittèrent avec la plus grande diligence et vélocité de la fabrication des cocktails. Clémence gérait, créait d’autres boissons sexuées… donnait l’impression d’attendre une suite à sa vie.

La femme en noir réapparut, toujours vêtue de cette même robe noire, qui j’ose espérer était un duplicata d’une nombreuse série que son tailleur avait conçue pour elle. Je ne sais comment elle avait trouvé Clémence, mais quand je la vis entrer dans le bar de nuit qui désormais s’appelait … »Clémence », elle donna l’impression de connaître les lieux, pour preuve elle se dirigea de suite vers l’une des nombreuses portes qui abritait le bureau de Clémence. Malheureusement pour moi, le micro que j’avais réussi à installer une nuit d’un dimanche de fermeture cessa de fonctionner au milieu de leur conversation. Je n’eus droit qu’à la moitié de leur dialogue. Elle se présenta à Clémence comme un écrivain qui l’avait croisée au coin d’une rue il y a presque deux années auparavant, qu’elle avait été marquée par sa beauté et qu’elle voulait écrire un livre sur sa vie. Clémence résuma le fait en quatre mots:

« Vous serez ma biographe…

_ En quelque sorte… peut-être un peu plus romancé que vous ne l’imaginez.

_ Vous n’aurez pas besoin d’ajouter du sens littéraire et romancé à ma vie, elle vous paraîtra suffisamment haletante pour que vous vous contentiez de simplement la raconter.

_ Mais d’abord il faut que je vous racon….. »

La micro tomba en panne à cet instant et la femme en noir sortit une trentaine de secondes plus tard. Je ne pense pas qu’elle ait pu lui dire quelque chose d’important, mais désormais, je surveillais aussi cette romancière…

Clémence continua sa vie prestement commencée, les trois derniers mois qui la conduisaient à sa vingtième année se passèrent silencieusement en observant le monde qui l’entourait, en téléphonant à la femme en noir qui avait commencé à écrire l’histoire de sa vie. Elle avait plutôt écrit ce qu’elle pouvait penser de la vie de Clémence, peut-être se pensait-elle capable de lui imaginer un passé qui serait plus intense que la vie d’enfant que Clémence avait vécue, mais il ne m’était pas possible de savoir ce qu’elle écrivait sur ses feuilles de, papier qu’elle conservait dans un semainier de cuir noir qu’elle s’empressait de confier à son garde du corps, géant de son état, armé et méfiant de par la fonction qui lui était attribuée. J’attendais que ce livre soit publié pour comprendre ce que cette femme pouvait souhaiter de Clémence ou peut-être n’était-ce qu’un simple désir sexuel sublimé que cette femme exultait à travers un écrit qu’elle semblait prendre à coeur ?… Plusieurs fois je la regardai écrire, il y avait parfois un début de sourire qui illuminait son visage et puis cela devenait un réelle tension qui se présentait à ses sourcils, alors elle se concentrait encore plus et au bout d’une dizaine de lignes elle se dépêchait de ranger sa feuille dans son classeur noir, l’homme le prenait sous le bras et il était très dur d’envisager une quelconque prise de l’objet, ses deux mètres étaient un frein à toute tentative. Un soir elle lui fit lire les trente premières pages. Clémence se concentra, effort qui disparu au bout d’une dizaine de secondes, elle sourit, s’apaisa encore plus lorsqu’elle finit de lire. Elle se retourna vers la femme et l’embrassa à ma grande stupeur sur ses lèvres qu’elle avait recouvert d’un puissant rouge à lèvres pourpre… elle en trembla, j’en frémis… Clémence retourna sur ses pas, vêtue d’une robe fourreau mordorée, à la transparence certaine, transparence qui exaltait ce soir là la puissance érotique de ses courbes… Je fus pris d’une érection soudaine que je me refusai à accepter. La femme en noir se propulsa auprès de son garde du corps, elle essuya une larme. Clémence sortit de son tiroir de bureau le portefeuille rose dans lequel elle rangeait la carte que je lui avais confiée quelques années plus tôt.

Elle saisit son téléphone, sans aucune hésitation, composa le numéro, mon numéro… Mon téléphone sonna, je le laissai sonner trois fois avant de décrocher.

 » Bonjour Clémence, heureux de vous entendre.

_ Bonjour… Comment dois-je vous appeler ?

_ Vous, me suffira. Vous vous êtes enfin décidée à accepter ma proposition ?

_ Il y a de fortes chances, mais j’aimerais à nouveau vous rencontrer.

_ ce ne sera pas possible de suite… Je veux juste vous dire que depuis trois ans, je vous observe, je vous protège de certaines personnes et de certains déroulements de situations dans lesquels vous pourriez choir, mais je vous laisse affronter votre réalité telle que vous l’avez envisagée. Je ne suis près de vous que pour protéger ce que vous représentez pour notre congrégation…Quand vous aurez accepter, je préviendrai mes pairs et vous pourrez commenc…

_ Comment êtes-vous certain de ne pas vous tromper ?

_ Je ne suis certain de rien, vous êtes celle sur qui mon regard s’est arrêté, mon intime conviction, ma certitude faite femme… Si vous acceptez et que vous rompez notre contrat sans nous trahir, je me contenterai de passer à une autre recherche.

_ C’est oui… mais à condition que nous commencions de suite. Je veux commencer à devenir…

_ C’est l’effet de quelques jours, je dois d’abord en informer mes pairs, obtenir leur assentiment et seulement après je te dirais que faire. Je te téléphonerai… »

Je raccrochai et repris son observation de la fenêtre qui donnait sur la cour intérieure de son bar d’où elle venait de me téléphoner. Elle ne chercha pas à me repérer, elle raccrocha en souriant, leva les yeux vers les immeubles qui entouraient sa cour. Elle était vêtue d’une robe rouge, ses cheveux étaient d’un roux plus auburn que d’habitude. Elle releva sa robe sans dévoiler son ventre et quitta adroitement, tout en se déhanchant harmonieusement au son de la musique que l’on entendait par la porte de secours ouverte, sa culotte de soie noire qu’elle laissa au milieu de la cour non sans s’être essuyée la bouche avec… Je fis mes courriers, les postai. Les réponses revinrent, toutes, une petite dizaine de jours plus tard. Désormais je ne m’occuperai que de Clémence. Je lui téléphonai, il était six heures du matin, elle était couchée depuis quelques heures. Je dormais quand elle dormait, ouvrais les yeux quand elle se réveillait, me réveillais quand elle ouvrait les yeux… Le lundi matin suivant, je l’appelai sur son portable. Elle répondit avec un ton de voix qui ne lui ressemblait pas, comme un bon petit soldat elle me disait oui, sur un ton sec d’enfant obéissant. Je lui proposai un rendez-vous dans un café au centre de la rue principale. Elle arriva à l’heure exacte, vêtue d’un jean et d’un blouson de cuir…. simplissime, banale, érotiquement paisible…. mais son sourire rayonnait. Durant deux heures nous parlâmes, elle questionnant, moi répondant au plus juste. Clémence comprenait parole après parole l’importance du choix qu’elle avait fait. Je sentais qu’elle appréciait ma présence avec un respect que je ne lui avais pas connu jusqu’à ce moment. Elle s’était faite absente juste pour cette rencontre, sans effort son féminin s’était placé à la surface de sa peau, reléguant au second plan le parfum de celle-ci, son grain épidermique laissant suinter une légère sueur dont l’odeur très légèrement acide me laissait à penser que Clémence était légèrement stressée. Mais aucun geste parasite n’entravait la logique de ses questions. Elle portait un soutien gorge noir à balconnet sous son blouson de cuir noir dont elle avait descendu la fermeture… il faisait chaud dans ce café. Ce matin là, je lui demandai de se rendre au plus tôt dans une église et d’y rencontrer un prêtre qui n’avait d’intéressant que le fait d’être le petit cousin d’un cardinal pour qui le siège papal serait un jour une réalité. Je pense sincèrement qu’elle fut déçue de ma première demande, s’attendant sans doute à plus d’action ou de mystère. Elle savait cependant que le cheminement labyrinthique que sa vie allait prendre ne serait pas sans surprise. Quand je sortis du café, la femme en noir était dans la rue, elle l’attendait. Clémence chercha à croiser mon regard, je n’étais déjà plus visible à ses yeux… j’étais fasciné par les courbes de la femme en noir.

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